lundi 30 août 2010


.Tu t'assieds au fond d'un café,tu lis LE MONDE ligne à ligne,
systématiquement.C'est un excellent exercice.Tu lis les titres de la première page, "au jour le jour", le bulletin de l'étranger, les faits divers de la dernière page,......Lire lLE MONDE,c'est seulement perdre,ou gagner une heure,deux heures; c'est mesurer,encore une fois à quel point tout est égal......




Marche incessante,inlassable.Tu marches comme un homme qui porterait d'invisibles valises,tu marches comme un homme qui suivrait son ombre.Marche aveugle, de somnambule,tu avances d'un pas mécanique,interminablement, jusqu'à oublier que tu marches.
Flâneur minutieux, nyctobate accompli,ectoplasme qu'un drap flottant ferait à tort passer pour un fantôme qui n'effraierait pas les enfants.

...Tu n'est plus qu'un oeil. Un oeil immense et fixe,qui voit tout, aussi bien ton corps affalé, que toi,regardé regardant, comme s'il s'était complètement retourné dans son orbite et qu' il te contemplait sans rien dire, toi, l'intérieur de toi, l'intérieur noir,vide, glauque, effrayé, impuissant de toi. Il te regarde et il te cloue....


Un homme qui dort (extrait de texte du roman de Georges Perec).
voici le début d'un travail d'illustration sur le livre de Georges Perec.



...Ta chambre est le centre du monde.Cet antre,ce galetas en soupente qui garde à jamais ton odeur, ce lit où tu te glisses seul,cette étagère,ce linoléum, ce plafond dont tu as compté cent mille fois les fissures, les écailles, les taches, les reliefs.....
...Tu es assis et tu ne veux qu'attendre,attendre seulement jusqu'à ce qu'il n'y ait rien à attendre que vienne la nuit,que sonnent les heures, que les joies s'en aillent, que les souvenir s'estompent.....


...Tes amis se sont lassés et ne frappent plus à ta porte.
Tu ne marches plus guère dans les rues où tu pourrais les
rencontrer.
Tu évites les questions, le regard de celui que le hasard met sur ton chemin......Chaque après-midi, tu pars en promenade.Tu suis la route
d'abord puis ,au-delà d'une carrière abandonnée, tu t'enfonces dans la foret . Tu ramasses à terre une branche que tu élagues comme tu peux...
Le silence de la campagne ne t'énerve ni ne t'apaise.Seuls te fascinent parfois un insecte,une pierre,une feuille tombée,un arbre.....
...Les trois trois quarts de ton corps se sont réfugiés dans ta tête; ton coeur s'est installé dans ton sourcil,où il bat comme une chose vivante avec,peut être, tout au plus,un petit peu trop de précipitation.Il faut que tu fasses l'appel de ton corps, que tu vérifies l'intégralité de tes membres, de tes organes, de tes viscères, de tes muqueuses.....